Adeline Vincendeau, en Prépa à Sup Santé Lyon en 2007 – 2008, vous parle de son année de prépa à Sup Santé et de son début de carrière en orthophonie.
Adeline, racontez-nous pourquoi vous avez fait le choix de faire une prépa pour présenter les concours d’orthophonie, et pourquoi à Sup Santé ?
J’ai d’abord étudié pendant deux ans en Fac de Sciences du langage, et avais alors décidé de préparer seule le concours d’orthophonie. Malgré beaucoup d’efforts et d’investissement, cela n’a pas été suffisant. C’est à travers la rencontre d’un professeur qui préparait à l’oral du concours à Sup Santé que j’ai décidé de mettre plus de chances de mon côté, en suivant une prépa annuelle. J'avais besoin, après deux années seules, de retrouver un peu de motivation, d'être davantage accompagnée. Mon choix de Sup Santé, fruit d’une rencontre de la bonne personne au bon moment, s’est révélé être le bon choix qui m’a mené à la réussite !
Comment avez-vous vécu votre année de prépa à Sup Santé ?
Je me suis rendue compte à quel point je n'avais « rien » travaillé, ou plutôt mal travaillé, pendant ces années de préparation seule... Je pense qu’en 2 ans de préparation seule, j'avais fait 15% de ce que j'ai fait à Sup Santé en quelques mois! On ne se rend pas compte de l'ampleur du programme (d'ailleurs, il n'y a pas de programme précis, c'est bien là le problème quand on est seul…).
Le rythme de travail a été très soutenu à la prépa, mais je ne l'ai pas mal vécu car comme j'étais encadrée, je savais où j'allais quand je travaillais. Je faisais de bonnes journées et j'avais des week-ends bien remplis, mais par contre, je faisais toujours attention à bien dormir et à faire du sport plusieurs fois par semaine, pour rester efficace et tenir sur la longueur.
J'ai apprécié d’avoir des cours assez denses, mais sur des plages horaires raisonnables, permettant ensuite d'avoir du temps seule pour pouvoir apprendre et m’exercer.
Pour le moral, c'était vraiment bien d'être en groupe : on peut se soutenir les uns les autres. Evidemment, à certains moments c'était difficile car il y a beaucoup de pression, mais je dirais qu'en comparaison à mes années de préparation seule, c'était moins difficile car on se supportait les unes les autres.
Concernant le suivi par les professeurs, je l'ai trouvé excellent ! Des cours collectifs mais au final très personnalisés. On pouvait rendre des sujets supplémentaires pour s'entraîner sur telle ou telle épreuve si on passait un concours qui comportait une épreuve moins travaillée en cours.
Combien de concours avez-vous passé et lesquels avez-vous réussi ?
L’année de ma prépa, j’ai passé 5 concours et je les ai tous réussis (écrit + oral) : Lyon, Strasbourg, Besançon, Poitiers, Caen.
Les études d’orthophonie une fois en école étaient–elles en accord avec ce que vous aviez imaginé ?
Oui, je m'attendais globalement à ça, même si la première année a été difficile, car les matières étaient très générales et on se demandait parfois à quoi certaines pouvaient servir pour l'orthophonie. Mais avec le recul, je me suis rendue compte qu'elles étaient indispensables pour la pratique. Par contre, en sortant des études, je pensais être plus sûre de moi dans les rééducations, avoir plus de bagages. Et malheureusement, l'école d’orthophonie compte beaucoup sur les stages pour nous apprendre la pratique des rééducations, et dans certains domaines, elle oublie un petit peu de nous enseigner les bases de celle-ci, mais c'est à priori le cas dans la plupart des écoles de France.
Quelle partie de vos études avez-vous le plus apprécié ?
La meilleure partie des études, c'est à la fin de la 4ème année, quand on révise tous nos 4 ans pour nos examens ! On se sent enfin orthophoniste avec une réelle vision globale de toutes nos capacités et nos connaissances ! C'est un moment très agréable et très gratifiant puisqu'on se rend compte qu'on sait plein de choses.
Les stages aussi sont intéressants pour la plupart, et ça permet de nous confronter à ce qu'on sait, de s'essayer dans la relation patient-thérapeute, de faire des erreurs et de rebondir tout en étant encadré. Il y a eu d’autres moments passionnants tout au long des études, et notamment quand on découvre des nouvelles pathologies dont on ne soupçonnait pas l'existence.
Quel a été votre parcours depuis la fin de vos études ?
A la fin de mes études, j'ai décidé de commencer par un remplacement pour découvrir le métier en ne m'engageant pas trop dans le temps et en ne m'installant pas à mon compte. Je voulais avancer et découvrir l'exercice du métier progressivement. J'ai donc trouvé un remplacement de 4 mois pour commencer, ce qu'il m'allait bien. Puis j'ai enchaîné sur un autre remplacement de 9 mois pour finir l'année scolaire, celui dans lequel je suis actuellement.
L'année prochaine, je compte trouver une collaboration en libéral à mi-temps, puis découvrir le salariat en trouvant un autre poste à mi-temps dans une institution.
A plus long terme, peut-être m'installerai-je si l'occasion se présente, mais ce n'est pas pour tout de suite... J'ai besoin d'avoir un peu plus d'expérience avant.
Je n'ai par contre rencontré aucune difficulté pour trouver un poste : les orthophonistes sont très demandés ! En avril, alors que j'étais toujours étudiante, j'avais déjà trouvé du travail pour le mois d'août !
Etes-vous heureuse dans la pratique de votre métier au quotidien ? Quel est votre public préféré ? Je suis très heureuse dans la pratique de mon métier ! J'ai mis longtemps à y arriver, mais je savoure cette persévérance qui me permet aujourd’hui de faire un métier que j'aime. Je découvre des choses passionnantes tous les jours. Néanmoins, je découvre aussi tous les jours que j'ai à faire face à des personnes en souffrance, que je dois modérer mes propos tout en ne cachant pas la réalité (sur mes diagnostics par exemple, qui peuvent être parfois difficiles à entendre). Mais plus je travaille, plus je développe mon expérience clinique et plus je fais appel à ma créativité pour inventer de nouvelles activités ou élaborer différentes façons d'aborder un problème avec le patient. Ce sont des défis chaque jour et c’est particulièrement motivant !
Mon public préféré, suite à mes expériences de stage et aux cours que j'ai eu, sont des handicaps assez lourds :
l'autisme et la paralysie cérébrale (lésions cérébrales chez l'enfant dans une période proche de la naissance avant/pendant ou après, anoxie cérébrale, cordon autour du cou, accident, noyade...). Ces cas lourds m’intéressent car la communication est réduite au maximum, voire absente parfois, et l'orthophoniste joue alors un rôle vital pour ces enfants qui ne comprennent pas le monde extérieur ni ce qu'est la communication. Leur redonner une compréhension de ce monde avec des supports autres que le langage parlé (pictogrammes, gestes, synthèse vocale...) me paraît être un beau défi à relever, très stimulant pour l'orthophoniste, même si pas évident à assumer tous les jours… Et quelle belle victoire de voir un enfant qui paraît muré dans son monde produire un simple petit geste ou montrer quelque chose de son doigt pour communiquer avec quelqu'un !